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Publié : 4 mai 2016
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Histoire et mémoire de la Shoah prennent vie au C.D.I.

Le témoignage poignant d’André LANDESMAN, un enfant caché à Verneuil-sur-Avre...

« Je suis Juif, sinon par la religion, que je ne pratique point, non plus que nulle autre, du moins par la naissance. Je n’en tire ni orgueil ni honte […] ». [1]

C’est en empruntant les mots du célèbre historien Marc BLOCH, qu’André LANDESMAN débute son intervention auprès des élèves de Première Littéraire, plus que jamais porteurs et acteurs du projet « La Shoah et les exigences de la mémoire » [2]. Accroche simple, mais néanmoins nécessaire, l’intervenant interroge ainsi les élèves sur ce qu’ « être Juif » veut dire aujourd’hui, et à plus forte raison, au temps de la Seconde Guerre mondiale.

Le ton est donné, oscillant entre solennité et anecdotes plus légères. Cependant, derrière l’apparente quiétude de l’intervenant, c’est un homme tâtonnant, précautionneux, pesant le poids de ses mots, qui semble en définitif chercher la meilleure façon de s’adresser à son assistance. Et pour cause, l’« exercice » est relativement neuf pour lui qui n’a que récemment décidé de livrer ses souvenirs remontant à une enfance passée dans la clandestinité à Verneuil. Rappelons qu’André LANDESMAN est né à Paris en 1931. Il est le fils d’Abraham et de Nadine LANDESMAN, des immigrés originaires de Russie, aussi parents de deux premières filles, Irène et Lucie. A l’automne 1940, les mesures prises à l’encontre des Juifs en France contraignent le couple et leurs enfants à trouver un refuge. C’est alors à Verneuil, au domicile de Monsieur et Madame PLANTEY, des proches de la famille, qu’André allait vivre des années marquantes de son enfance [3].

Captivants, les propos de M. LANDESMAN n’ont pas laissé indifférentes les personnes présentes. L’un des moments les plus émouvants de la rencontre est, de loin, la lecture d’un court extrait de la dernière lettre de sa sœur disparue, Irène, déportée à Drancy le 28 septembre 1942. Dans cette lettre datée du même jour, Irène fait part du « courage » dont elle fait preuve, mais aussi de sa « foi en un avenir meilleur ». Autant de lignes qui transportent l’imaginaire et qui ont fortement ému notre lecteur au sein d’un C.D.I, soudainement effacé le temps d’un court instant dans les esprits de tous les auditeurs. D’autres moments forts ont ainsi ponctué le récit d’André tels que le passage dans la clandestinité et la fabrication de faux papiers, les soirées passées à écouter la BBC ou encore l’opération de sa mère, Nadine, atteinte d’un cancer du sein [4].

M. LANDESMAN a définitivement suscité la curiosité de son audience. En témoignent d’ailleurs les fructueux échanges survenus tout au long de son intervention, rythmés par une importante participation des élèves. On peut aisément regrouper leurs questions et distinguer deux thèmes sur lesquels les lycéens sont plusieurs fois revenus.

D’une part, l’intervenant a maintes fois été sollicité sur les aspects concrets de sa vie en clandestinité à Verneuil, chez Monsieur et Madame PLANTEY, alors qu’il n’avait que 12 ans. Que signifiait vivre caché ? Qu’avait-il le droit de faire ? Avait-il la possibilité de sortir de temps à autre ? Y avait-il d’autres enfants juifs avec lui ? M. LANDESMAN s’est prêté au jeu des questions avec grand intérêt, n’hésitant pas à multiplier les « petites histoires » dans le but de répondre au mieux aux interrogations des élèves. Au fil des échanges, ces derniers ont véritablement pris conscience de l’exigence de la mémoire. Une mémoire précieuse, mais fragile, qui en fait appel à d’autres, notamment lorsque celui qui témoigne n’a pas d’autre choix que de répondre : « Oui, peut-être, je ne m’en souviens plus ».

D’autre part, les élèves ont particulièrement souhaité comprendre l’état d’esprit ainsi que les sentiments a posteriori de celui qui est parvenu à survivre à cette époque caractérisée par la guerre d’anéantissement et qui a dû reprendre le cours d’une vie « plus normale » à la fin du conflit. Si la « colère » a été évoquée par l’intervenant lors d’un bref échange, c’était pour mieux rappeler qu’il s’agissait d’une émotion qu’il est parvenu à nuancer avec le temps, ayant fini par accepter que la culpabilité n’est pas une donnée héréditaire [5]. Enfin, les interrogations ont mis en lumière le souhait relativement tardif d’André LANDESMAN de témoigner de ce qu’il avait vécu à Verneuil, préférant pendant de longues années « oublier tout cela » pour se consacrer pleinement à ses projets personnels et professionnels.

Aujourd’hui, l’homme qu’il est devenu entend bien témoigner de cet enfant caché qu’il a été en 1942. Mais, outre l’importance capitale de son témoignage et de sa mémoire pour l’histoire de la Shoah en général, André LANDESMAN s’inscrit aussi dans une dynamique singulière, soutenue par l’Institut Commémoratif des Martyrs et des Héros de la Shoah – YAD VASHEM. Cette institution israélite souhaite précisément distinguer toutes les personnes qui, au péril de leur vie, ont aidé des Juifs persécutés par l’occupant nazi : les Justes [6].

En ce 29 avril 2016, en hommage à celles et ceux qui l’ont accompagné au cours de cette douloureuse période, M. LANDESMAN n’a cessé de rappeler les noms et les actions de ces personnes qui ont compté et qui continuent de compter pour lui.

C’est avec beaucoup de courage et d’émotions qu’il est venu nous en parler. Nous l’en remercions.

M. CARLOT, professeur d’Histoire-Géographie

Notes

[1Marc BLOCH, L’étrange défaite. Témoignage écrit en 1940, Paris, Société des Editions Franc-Tireur, 1946. Pour cet extrait, Marc BLOCH, L’étrange défaite, Paris, Gallimard, 1990, p. 31.

[2Cf. les articles précédents sur le site internet du lycée Portes de Normandie : Frédéric JURCZYK, « Voyage d’étude à Auschwitz. Rendre lisible l’histoire d’un lieu de mémoire » ; Pierre-Etienne SCHMIT, « Les Génocides du XXe siècle, une exposition au C.D.I. »

[3Pour plus de détails sur ces épisodes, lire Frédéric JURCZYK, « Un enfant caché à Verneuil-sur-Avre : André Landesman »

[4Ibid.

[5Dans l’explication de ce lien complexe qu’il a entretenu avec l’Allemagne et notamment la langue allemande, André LANDESMAN a conseillé aux élèves la lecture d’un ouvrage du XVIIIe siècle, considéré à ses yeux comme un « véritable plaidoyer pour la tolérance religieuse » : Gotthold Ephraim LESSING, Nathan le sage, Paris, Gallimard, 2006. Il a également expliqué le rôle joué par le Mémorial de la Shoah à Berlin dans l’évolution de son rapport avec les Allemands.

[6Pour plus d’informations : https://yadvashem-france.org : « En honorant ceux qui ont refusé de se plier à la fatalité de la volonté exterminatrice de l’idéologie nazie, la médaille des Justes contribue à rétablir l’Histoire dans sa vérité. », Simone Veil.

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