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Publié : 18 mai 2010
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Le Japon est-il fini ?

Un complément utile pour la question de la mégalopole japonaise.

FIG Saint – Dié 2008.

Compte-rendu de la conférence introductive « Le Japon est-il fini ? » par Philippe Pelletier, Professeur université Lyon 2.

Deux difficultés sont tout d’abord soulignées lorsque l’on aborde avec des élèves l’espace du Japon : la première est d’attirer l’attention sur un pays lointain, la seconde est de briser des idées reçues sur le pays. Certaines images préconçues sont d’autant plus présentes qu’elles se trouvent parfois renforcées par des auteurs populaires (Amélie Nothomb).
Parmi ces idées reçues, la représentation de l’espace et plus précisément les problèmes posés par le vocabulaire « Japon de l’endroit » et « Japon de l’envers ». L’envers (Ura Nikon « lieux en arrière ») a une connotation négative. Si l’on observe la localisation de la production rizicole, la localisation des centrales nucléaires, on se rend compte que cette division de l’espace est artificielle. La distinction envers / endroit repose en fait sur un déterminisme géophysique ancien, repris sans précaution par la suite. Cette distinction s’est notamment construite par la climatologie : en hiver, l’envers est neigeux et l’endroit sec. Mais, souligne P. Pelletier, si cela s’avère exact en hiver, cette opposition ne fonctionne plus sur les autres saisons !

La question de la puissance japonaise : De part le rang occupé, deuxième puissance mondiale, le Japon n’est pas une puissance en déclin : le pays dispose de fortes réserves monétaires, la balance des paiements est positive, la balance commerciale est excédentaire.
Pour les échanges économiques, le pays est tourné vers les Etats-Unis mais les rapports avec la Chine et l’Asie orientale deviennent plus importants. Les flux d’IDE (même s’ils ont tendance, de manière globale, à se tasser) sont en forte hausse vers la Chine (les destinations sont par ailleurs l’Europe, les Etats-Unis, les îles Caïman, les pays asiatiques).
Il existe enfin un réel rayonnement culturel japonais. Tout un vocabulaire d’origine japonaise nous est désormais familier (sudoku, mangas, pokemons, sushis…).

La question de la finitude spatiale : P. Pelletier pose au cœur du débat la question des densités démographiques, l’idée de saturation de l’espace. La densité moyenne est de 342h / km², mais 49,7% du territoire correspondent à des zones dépeuplées et rassemblent seulement 6,5% de la population. La densité moyenne est ici de 37h / km² ! Il est préférable de parler de peuplement contrasté, contraste entre la mégalopole et l’espace périphérique. Le problème principal est surtout le vieillissement de cette population : un quart des Japonais a plus de 65 ans, ce problème touche avant tout les campagnes reculées.
Peut-on dès lors parler de manque d’espace ? Sur les 377 000 km², 28% sont considérés comme constructibles (avec une pente inférieure à 8% de déclivité). Mais si l’on ajoute l’espace maritime et la ZEE qui lui est rattachée, la superficie est alors multipliée par 12, plaçant le Japon au 6ème rang mondial ! Cet espace maritime est un espace riche et les produits marins constituent la base de l’alimentation de la population (expliquant au passage la longue espérance de vie).
Le problème de la saturation de l’espace doit aussi être replacé, pour ses explications, dans une perspective historique. Les exemples de l’expansion spatiale de Kobé et de Nagasaki l’illustrent. La ville de Kobé compte 2 765h / km², les terre-pleins ont permis de gagner sur l’espace maritime, mais l’impression d’entassement est réelle. Il faut cependant comprendre que le développement de la ville remonte au choix d’ouverture du Japon en 1854. Kobé, port en eaux profondes, à l’écart de la population est un site idéal pour accueillir les navires occidentaux. Le but est d’éviter que les idées nouvelles, la tentation démocratique puissent gagner les Japonais. Avec la vague industrielle, ces ports se développent rapidement dès la deuxième moitié du XIXe siècle.
Cette saturation de l’espace s’associe souvent avec l’idée d’une étroite bande littorale très peuplée. Comme le souligne P. Pelletier, le constat serait identique si l’on faisait la géographie de la France à partir de l’exemple monégasque ! Il existe au Japon de vastes plaines peu peuplées.
Même les villes comme Tokyo font apparaître des contrastes au niveau du bâti : des « poches basses » existent dans la ville et tout n’est pas synonyme de verticalité. De même, les terre-pleins du sud de la baie de Tokyo ne sont pas occupés.

Un manque de matières premières ?
-  L’eau : La ressource existe. Elle a été à la base du développement hydraulique qui a permis le décollage économique des années 50 – 60.
-  Les forets, le bois : là encore les ressources sont réelles même si les surfaces exploitées chutent.
-  Les minerais : L’or et l’argent constituent des ressources importantes. Le sous-sol demeure riche en charbon, même si les houillères ferment.
D’un point de vue général, certes il y a importations mais il n’existe pas de manque intrinsèque.

Une absence de classes sociales ? La société japonaise est-elle homogène ? 85% des Japonais se considèrent comme appartenant à la classe moyenne. Ce modèle social se fragmente depuis une dizaine d’années, les écarts de revenus augmentent et on assiste à une précarisation du travail et de l’emploi. Les SDF font parti du paysage urbain des grandes métropoles comme Tokyo, Osaka… A Tokyo il existe des ghettos de pauvreté dans le centre-est. Le long des berges, on rencontre ainsi les tentes bleues des ces gens précarisés, vivant de petits boulots. Les tentes se regroupent au bord des cours d’eau, dans la banlieue. L’exclusion n’est pas obligatoirement subie puisque ces SDF opposent souvent une fin de non recevoir aux propositions d’aides au logement, préférant garder ce contact avec leur groupe, leur parcelle de nature et n’envisagent pas le retour à la société.

Une identité commune ? On assiste depuis 30 ans à un essor de l’immigration, surtout de travail, dans la mégalopole et les grandes villes. Il s’agit avant tout de Coréens, Chinois, Philippins et d’Africains. Les Coréens sont environ 700 000, ils représentaient 86% des étrangers en 1982 contre 30% aujourd’hui ! La situation des Coréens au Japon n’est pas facile aujourd’hui : il existe un milieu coréen contrôlant le marché noir qui donne au reste de la communauté une image négative. Quoiqu’il en soit les Japonais sont à la recherche d’une immigration qui soit accompagnée d’une intégration facile : l’appel aux populations asiatiques demeure la priorité du pays.

La fin d’un modèle japonais ? La nécessité qui demandait aux Etats-Unis de faire émerger cette idée de modèle de développement, pour contrer toute expansion du communisme dans les années cinquante, n’existe plus. L’insertion du pays dans la globalisation a fait disparaître l’idée de modèle.

Jean-Christophe Fichet, Lycée Porte de Normandie, Verneuil / Avre.